Questionnaire
Yue Cheng
Comment le cinéma change-t-il votre rapport au monde ?
Le cinéma n’est pas seulement une salle de projection ; il peut exister dans un espace ouvert, dans un jardin, etc. Sous une forme omniprésente, un monde éloigné apparaît dans un espace proche de nous, nous racontant des histoires comme le ferait un ménestrel. Le rapport physique et géographique au monde est ainsi réduit par le médium cinématographique.
Qu’est-ce que votre travail a d’utopique ?
Dans une longue histoire, nous avons l’habitude d’utiliser nos sens pour exprimer notre monde non verbal et pour communiquer avec les autres. La création en général, et le cinéma en particulier, sont des formes très sensorielles, toujours comme une navette qui transmet nos utopies vers la réalité.
Que raconte votre film de votre rapport au vivant ?
Cette année, j’ai travaillé avec les champignons. Dans ma vidéo, je transforme les champignons en architectures afin de fabuler une possibilité de cohabitation avec le vivant. J’aimerais utiliser la création visuelle pour ouvrir nos imaginaires liés aux crises de l’Anthropocène.
Qu’est-ce qui vous inspire ?
Je m’inspire de la nature, de l’écriture (la philosophie et la sociologie). En ce moment, j’observe la nature, je regarde la pousse des plantes, les couleurs du soleil, la pluie et le vent. Je m’inspire de choses peu visibles à l’échelle humaine, mais qui portent un univers mystérieux.
Est-ce que vos films ressemblent à vos rêves ?
Mes films ressemblent à mes rêves. Des rêves qui viennent de la réalité et qui sont composés par des coïncidences. Mes travaux combinent des recherches documentaires et des procédés numériques. Ce processus ressemble au fonctionnement du rêve dans notre cerveau, inspiré par la réalité après des rencontres et des événements.
Avec quelles autres pratiques artistiques votre travail dialogue-t-il le plus ?
J’ai un long parcours en photographie avant de me tourner vers le travail audiovisuel. Je considère que mon travail tisse d’abord un lien à partir de la photographie, qui constitue une base fondamentale de ma pratique, avant de se déployer vers d’autres formes.
Comment décririez-vous votre travail en quelques mots ?
Mon travail, ancré dans les environnements contemporains à l’ère de l’Anthropocène, interroge les perspectives des habitations morphologiques à travers une fabulation spéculative. Il explore divers écosystèmes tels que le système mycélien, l’île artificielle ou encore la sphère, afin de relier des phénomènes autrefois considérés comme disparates, mais néanmoins constitutifs de notre modernité, comme l’avènement de la société de consommation ou la persistance d’anciens discours révolutionnaires.
Yue Cheng est artiste-chercheuse d’origine chinoise, vivant et travaillant en France. Elle est actuellement doctorante au Fresnoy – Studio national des arts contemporains, en collaboration avec l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
images : Sphère 3 : L'île et l'insulation
images : Sphère 3 : L'île et l'insulation
