Questionnaire 

Pauline Bailay


Quels sont les films qui ont marqué :
    1. Votre enfance ? 

— Mon voisin Totoro d’Hayao Miyazaki
— Mon Oncle de JaquesTati
— Peau d’Âne de Jacques Demy


    2. Votre adolescence ?  

— Le Grand Détournement / La Classe Américaine de Dominique Mézerette et Michel Hazanavicius
La Famille Tenenbaum de Wes Anderson


    3. Votre vie d’adulte :

— Toni Erdman de Maren Ade
— Carol de Todd Haynes
— La femme de mon frère de Monia Chokri


Enfant, comment avez-vous eu accès au cinéma ?

Mes parents. Je me souviens très nettement du jour où mon père est rentré à la maison, heureux comme un gosse, après avoir acheté notre premier lecteur dvd. Le week-end ma mère empruntait le vidéo-projecteur de son école et notre salon devenait un petit cinéma.

Parlez-nous d’un film que vous aimez pour ses images.

Une vie démente de Julie Esparbes. Je ne l’ai vu qu'une seule fois et pourtant j’ai encore ses images gravées sur la rétine. La colorimétrie des rendez-vous médicaux, la chambre conjugale qui se fait peu à peu envahir par le motif de la housse de couette, la caméra fixe qui embrasse toute la pièce, la mère que l’on observe partir à la dérive dans le jardin depuis les hauteurs de sa maison. Les jumpcuts brutaux qui rythment les dialogues. Ce film est une pépite de mise en scène.

Parlez-nous d’un film que vous aimez pour son récit. 

Les Demoiselles de Rochefort. Le chassé-croisé amoureux le plus haletant du cinéma.

Citez…

Un film qui vous fait peur.

— Pas un film mais une série : Twin Peaks de David Lynch.

Un film qui vous fait rire.

— Le Goût des Autres d’Agnès Jaoui. Hilarant.

Un film qui vous fait pleurer.

— Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciama.

Un film sous-estimé :

— Felicita de Bruno Merle. Sorti en 2020 et passé sous les radars.

Un film dont vous aimez particulièrement l’ouverture :

Punch-Drunk Love. Paul Thomas Anderson. Un hangar quasi-vide, un bureau dans l’angle, un monologue incompréhensible et, quelques instants plus tard, un mystérieux piano au bord de la route.

Un film dont vous aimez particulièrement la fin :

À Bord du Daarjeling Limited de Wes Anderson. “Let’s have a drink and smoke a cigarette.”




















Citez un film que vous associez au désordre :

Aimer perdre d’Harpo et Lenny Guit (ma sortie cinéma préférée de 2025 <3).

Quelle maison de cinéma aimeriez-vous habiter ?

La maison de Mon voisin Totoro, sans hésiter.

Quels sont les paysages de cinéma que vous rêveriez d’explorer ?

Je rêverais d'explorer les paysages dessinés des films d'animation. Pour le choix c’est cornélien : Le Château Ambulant, Arco, Amélie et la métaphysique des tubes, Panique au Village, Nausicaä...

Qu’est-ce qui est cinégénique à vos yeux ?

Les gestes. Les mains qui font, qui bougent, qui aiment, qui disent, qui grattent, qui touchent, qui s’attachent et se détachent. Si c’est filmé en gros plan c’est encore plus délicieux. En très gros plan même. Très très gros plan.

Si on faisait un film sur vous ce serait un film sur quoi ?

J’ai peur que ce soit un peu trop intense. Il y aurait à manger pour sûr. Beaucoup. Un buffet gratuit ce serait l'idéal. Ce serait un peu trop rangé à certains moments, un peu trop bordélique à d’autres. Un film très contrasté.

Est-ce que vos films vous ressemblent ?

Oui. Je n’ai jamais été autant à nu que depuis que je fais du cinéma. J’ai l’impression d’être démasquée. Il y a une image sur laquelle je suis tombée il y a quelques temps, c’est Catherine Breillat qui dit « I’m the director, I don’t make the film, I am the film». Voilà.

Quelles sont les sensations que vous procure le cinéma et que vous ne trouvez pas ailleurs ?

La symbiose entre l’image, le son, les objets, les silences, les dialogues, le quotidien, le banal, le sensationnel, la joie, le rire. ça touche à ce qui m’anime le plus : faire tout, tout le temps, en même temps. Everything everywhere all at once.

Pourquoi faites-vous du cinéma ?

Difficile à expliquer. Lors de mon tout premier jour de tournage, sur mon premier film, je me suis sentie pile poil à ma place. Et puis parce que la vie, le collectif, les collaborateurs devenus amis, le jeu, l’absurdité, l'intensité, les semaines dans une petite salle sombre ou l’on déconstruit le film pour le reconstruire, l’euphorie de la première projection, et de la suivante, et de celle d’après encore.

Quel cliché vous agace terriblement au cinéma ?

Je ne sais pas si c'est un cliché, mais les histoires d’amitié entre un homme et une femme qui se terminent systématiquement en histoires d’amour. Par pitié. Je crois qu'on est beaucoup à avoir envie de voir plus d'histoires amicales non romantisées.

Pauline Bailay est auteure-réalisatrice et designer textile et produit, diplômée de l'ENSCI-Les Ateliers. En 2018 elle co-fonde, avec Hugo Poirier, le studio de design Poirier Bailay. En 2022 elle réalise son premier court métrage, Safety Matches. Elle réalise dans la foulée un second court métrage intitulé 43° à l'ombre, lui aussi produit par Ecce Films.
Elle travaille actuellement sur un nouveau projet de court métrage, Les fantômes n’aiment pas le design et sur son premier long, Des bagues à chaque doigt.