Questionnaire
Nathalie Hugues
Quels sont les films qui ont marqué :
1. Votre enfance ?
Je viens d'un milieu très populaire. On n’allait jamais au cinéma. Tout ce que je voyais c'était des films américains de la pop culture et des péplums que mon père aimait. Un de mes films préférés de ces années 80-90 c'était Qui veut la peau de Roger Rabbit ? C'était farfelu, émouvant, drôle et effrayant. Depuis je souhaite faire des films remplis de toutes ces émotions-là.
2. Votre adolescence ?
Je commence à fréquenter assidûment les salles de cinéma au lycée et je découvre le cinéma français, qui en fait n'existait pas auparavant dans ma vie. Comme si le cinéma américain était le seul qui s'adressait à la jeunesse (Retour vers le futur, Ghostbusters, Gremlins, etc). Donc je découvre Pialat avec À nos amours. C'est resté. Pialat parle des enfants, des jeunes gens, parce qu'il parle des liens qui unissent les êtres. C'est rare, au cinéma, que les enfants ne soient pas juste dans un coin du plan, plantés, justement, comme signifiants. À nos amours c'est pas un teen-movie, c'est une très jeune femme seule dans un monde de (plus) vieux . Pareil avec Eustache, c'est cruel et bouleversant (comme Mizoguchi). Je découvre David Lynch aussi avec Lost highway qui sort à ce moment-là et puis Twin Peaks. C'est resté aussi. Pour le carnaval du lycée je me déguise en Orange Mécanique. L'année d'après je vais voir Eyes wide Shut et Orange Mécanique semble tout à coup être un très vieux truc. On découvre aussi Lars Von Trier dans ces années 90, et jusqu'à Dancer in the Dark (atroce) je suis fascinée (dans tous les sens du mot). Peut-être que les films de Marguerite Duras ainsi que ses livres ont été ceux qui m'ont le plus habitée et m'habitent encore, il faut dire : une femme parle et regarde, ça compte.
3. Votre vie d’adulte ?
C'est tellement de films vus que je ne sais pas ce qui compte le plus. De toute façon il y a plein d'âges dans l'âge adulte. Disons que vers 24 ans je découvre les films hollywoodiens des débuts du cinéma jusqu'aux années 50. Et John Ford m’apparaît comme le plus proche de mes propres obsessions (ou alors je découvre ce qui m'obsède grâce à lui) : comment vivre avec les autres ? Faire communauté ? Une sorte de pureté classique dans la forme sans esbrouffe, mais très difficile à retrouver depuis (Eastwood parfois). Bon je citerais My darling Clementine pour en élire un parmi tant d'autres. Et puis, Hawks, Ray etc. J'aime de moins en moins les formalistes baroques, les films séduisants par leur maniérisme. Je cherche un cinéma bazinien . Je découvre Renoir, Grémillon, Jacques Rozier. Le cinéma japonais. Le cinéma italien : Accatone, grand moment ; Rossellini surtout. Je suis retournée vers un cinéma formaliste ensuite . En m’intéressant de plus en plus au son, et aussi grâce au documentaire, ou aux films « nini » (comme ceux de Snow, Akerman, Marker, Godard de la dernière période, etc). Les cinéastes qui m'ont le plus marquée ces 15 dernières années c'est Guiraudie et Weerasethakul. Et puis Lynch encore avec Twin Peaks saison 3. C'est aussi le temps du documentaire l'âge adulte : Robert Kramer, Pierre Perrault, Jonas Mekas, Boris Lehman.
Racontez-nous un souvenir de cinéma.
Mon premier souvenir spécial de cinéma c'est Dracula de Coppola quand j'avais 12 ans. J'étais assise à côté d'un garçon de mon âge car nous étions allés au cinéma en bande d'ami.e.s pour la première fois. Et il me demande : “C'est quoi les règles ?” Pendant le film. J'ai compris longtemps plus tard à quel point c'était drôle. C'est aussi la première fois que je comprends la charge érotique du cinéma.
Que regardez-vous dans les films ?
Je regarde le temps.
Citez
Un film pour se reposer :
— L'homme qui dort de Georges Perec ou Cimetery of Splendor de’Apichatpong Weerasethakul
Un film pour rêver :
— Roma de Federico Fellini (et tout Fellini en général).
Un film qui fait grandir :
— Mes petites amoureuses de Jean Eustache
Un film où se perdre :
— Inland Empire de David Lynch (et tout Lynch en général)
Un film qui me fait rire :
— Tous les films des frères Farelli.
Citez un film que vous associez... :
À une musique
— Star Wars, John Williams en général, trop fort.— Le Rayon Vert d’Éric Rohmer
À une couleur :— Europa 51 de Roberto Rosselini
À un visage :
— Barry Lyndon de Stanley Kubrick
À une lumière :
— La Maison des bois de Maurice Pialat
À un lieu :
— Stalker d’Andreï Tarkovski
À un son :
— Phantom Thread de Paul Thomas Anderson
À un vêtement :
— Pickpocket de Robert Bresson
À un objet :
— Tout Godard
À un mouvement :— Tout Béla Tarr
Au silence :
— L'Heure du Loup d’Ingmar Bergman— The Party de Blake Edwards
Au désordre :
Nathalie Hugues (1981), est plasticienne et cinéaste, elle vit et travaille à Marseille. Après un Master en arts plastiques et esthétique elle intègre l’ESADMM, l’école des Beaux Arts de Marseille dont elle est diplômée avec les félicitations du jury en 2010. Elle travaille essentiellement autour de la question du paysage dans la peinture contemporaine. Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions collectives et personnelles. Elle reçoit une bourse d’aide à la création de la DRAC PACA en 2014 et une aide du CNAP. Elle est enseignante aux ateliers publics de l’école des Beaux Arts de Marseille. Depuis 2012, elle développe une œuvre cinématographique avec Nicola Bergamaschi.
︎︎︎ Documents d’artistes
︎︎︎ Documents d’artistes
