Questionnaire

Chloé Wasp


Comment le cinéma change-t-il votre rapport au monde ?

Je pense que le cinéma est un moyen de m’emparer de fantasmes ou de peurs, et de les transformer. Il permet aussi de se laisser traverser par des personnes, des rencontres qui vont participer à notre construction sans forcément que l'on s’en aperçoive.

Que raconte votre film de votre rapport au vivant ?

Je pense que ma vidéo raconte ma recherche d’altérité avec d’autres espèces. Je le perçois comme une tentative de changer de corps, ou de retrouver des sensations antérieures archaïques. Cette installation vidéo est dénuée de narration, de mots. Je voulais laisser toute la place aux intuitions, à la mémoire du corps.

Quelle place donnez-vous aux fantômes dans votre travail ?

Les fantômes sont omniprésents dans mon travail photographique, vidéo ou cinématographique. J’accorde une plus grande place aux « présences », aux empreintes, aux fragments. Le hors-champ est aussi important que ce que l’on voit à l’image, et les personnages principaux sont parfois invisibles (notamment dans Jaguars) ou sous forme spectrale (dans And you want to travel blind, le corps est une constellation lumineuse presque abstraite).

Ce serait quoi pour vous le décor de cinéma parfait ?

Une forêt de pins en feu, de nuit ! Le décor de mon prochain film, qui est en phase d’écriture.




Qu’est-ce qui vous inspire ?

La musique, les éléments, la façon dont on rejoue des mythes ou des histoires, l'amitié.

Avec quelles autres pratiques artistiques votre travail dialogue-t-il le plus ?

La musique, le son. J’accorde beaucoup d’importance à l’univers sonore dans mes films et vidéos. La musique est ma passion première, elle habite et nourrit tout ce que je fais.

Comment décririez-vous votre travail en quelques mots ?

J’imagine que mon travail est organique, car il se déploie toujours autour des corps.

Décrivez en quelques mots un projet auquel vous rêvez. 

Je rêve du film que je suis en train d’écrire, dans lequel je suis une jeune femme de mon âge mettant à feu préventivement des forêts pour éviter les départs de mégafeux et protéger des plantes carnivores appelées Vénus.

Quels sont les films qui vous habitent ? 

Il y en a tant ! Je suis bien sûr hantée par des films de Werner Herzog tels que Fitzcarraldo ou Lessons of Darkness, et par les portraits dans Come and see de Klimov. J’aime énormément le cinéma d’Alice Rorhwacher, Les Merveilles particulièrement. Récemment j’ai été très troublée par Good One d’India Donaldson. Un film très peu démonstratif, mais si précis et sensible. Et Sundog de Dorian Jespers fait partie des court-métrages qui m’ont le plus marquée.









Chloé Wasp est une artiste plasticienne et cinéaste originaire de Lille (France). Elle est diplômée de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles et du Fresnoy – Studio national des arts contemporains. Elle axe principalement son travail sur les mythes, les troubles de la perception et les expériences d'altérité, toutes espèces confondues. Dans ce champ d’exploration, le corps est central. Elle a réalisé les films How it begins, produit par Le Fresnoy, et Jaguars, produit par Haïku Films (2025).